En mars 2025, l’association Notre avenir à tous, en partenariat avec l’institut Ipsos, a publié son baromètre annuel sur le moral des adolescents. Le constat est clair : le niveau d’angoisse des jeunes face à l’actualité est au plus haut depuis 2021. Une information préoccupante, mais révélatrice d’une tendance de fond : les adolescents, bien que très exposés à l’information, sont souvent livrés à eux-mêmes pour la comprendre et la digérer.
Alors que l’actualité n’a jamais été aussi présente dans nos vies, cette situation met en lumière une urgence éducative et sociale : permettre aux jeunes de mieux comprendre ce qu’ils voient, lisent et entendent chaque jour. Car si s’informer est essentiel pour devenir un citoyen éclairé, le faire sans repères peut vite devenir source de stress et de mal-être.
Une exposition permanente à l’information
Aujourd’hui, les adolescents ne vont pas forcément chercher l’information : c’est elle qui vient à eux. Sur TikTok, Instagram, Snapchat, YouTube, ou dans leurs fils d’actualité, les jeunes sont confrontés en continu à une multitude de contenus d’actualité. Parfois bruts, souvent partiels, et trop souvent sans cadre explicatif. Cette surabondance d’informations, à laquelle s’ajoute une forte présence d’émotions (choc, colère, peur), contribue à alimenter un climat d’angoisse.
D’après le baromètre Ipsos, 41 % des adolescents trouvent que les informations sont mal expliquées. Cela signifie que, même si les jeunes sont exposés aux grands événements qui secouent le monde – guerres, conflits, violences, crises climatiques – ils ne disposent pas forcément des outils nécessaires pour en saisir les causes, les enjeux ou les conséquences. Ce décalage entre exposition et compréhension est source d’inquiétude, voire de détresse.
Les thèmes qui inquiètent le plus
L’étude d’Ipsos met également en lumière les sujets d’actualité qui provoquent le plus de malaise chez les jeunes. En tête : les violences faites aux enfants (44 %), les conflits mondiaux (41 %), et le changement climatique (39 %). Trois thématiques complexes, parfois violentes, dont les représentations médiatiques peuvent être particulièrement anxiogènes.
Ce qui rend ces sujets d’autant plus perturbants, c’est leur fréquence d’apparition et la manière dont ils sont relayés. Les réseaux sociaux, en particulier, ont tendance à privilégier des contenus forts et impactants, souvent isolés de tout contexte. Certaines vidéos ou publications, destinées à faire réagir ou à émouvoir, laissent peu de place à la nuance ou à l’analyse. Les adolescents, encore en construction sur le plan émotionnel et intellectuel, sont alors confrontés à des contenus qu’ils n’ont pas les moyens de décrypter seuls.
Une info brute, rarement digérée
C’est là que le rôle de l’éducation aux médias et à l’information devient central. Trop souvent, les adolescents reçoivent l’information sous une forme brute, sans filtre ni explication. Résultat : au lieu de les éclairer, l’actualité devient un facteur d’angoisse. Comprendre les rouages d’un conflit, les mécanismes du changement climatique ou encore les raisons d’un fait divers grave, nécessite des clés de lecture.
Or, peu d’espaces sont prévus pour cela dans leur quotidien. Les cours d’éducation civique, lorsqu’ils existent, n’abordent qu’en partie ces thématiques. Et à la maison, les discussions sur l’actualité sont parfois absentes ou limitées. Il manque donc un cadre dans lequel les jeunes puissent poser leurs questions, exprimer leurs émotions, et surtout apprendre à distinguer l’information fiable de la rumeur ou de la manipulation.
Quand l’information devient une charge mentale
Face à cette saturation, certains jeunes choisissent de s’éloigner volontairement de l’actualité. Ils « décrochent », cessent de suivre les infos, ou filtrent au maximum ce qui remonte sur leurs réseaux. Un phénomène compréhensible, mais préoccupant, car il éloigne d’une citoyenneté active. D’autres continuent à consommer l’actualité, mais en ressentent une charge mentale importante : troubles du sommeil, anxiété, sentiment d’impuissance ou de colère.
Ce que montrent les études, c’est que ce malaise est rarement pris au sérieux. L’angoisse face à l’actualité est souvent vue comme une réaction passagère, liée à la sensibilité de l’adolescence. Pourtant, elle peut s’inscrire dans la durée, et influencer durablement la façon dont ces futurs adultes verront le monde, et s’y impliqueront (ou non).
Comment agir ?
Le constat est là : l’actualité telle qu’elle est aujourd’hui perçue par une majorité de jeunes adolescents est une source d’inquiétude. Pourtant, ce n’est pas l’information en soi qui pose problème, mais bien la manière dont elle est transmise, expliquée et accompagnée.
Plusieurs pistes peuvent être envisagées pour mieux accompagner les adolescents face à l’information :
- Créer des espaces de discussion, à l’école ou ailleurs, où les jeunes peuvent poser leurs questions sur l’actualité.
- Développer des contenus adaptés à leur âge, à la fois accessibles, fiables, et construits pour expliquer sans simplifier à l’extrême.
- Former les enseignants, les éducateurs, les parents, à décrypter avec eux les grandes tendances de l’info et les aider à prendre du recul.
- Renforcer l’éducation aux médias pour apprendre à reconnaître les fake news, à identifier les sources, et à réfléchir aux intentions derrière une publication.
Des initiatives positives existent déjà. Des médias comme Le Monde des ados, 1jour1actu ou encore ekkoo.fr cherchent à rendre l’information plus accessible aux jeunes. Des enseignants s’appuient sur des outils pédagogiques pour travailler sur l’actualité en classe. Mais cela reste insuffisant face à l’ampleur du phénomène.
Redonner du sens à l’info
Comprendre l’actualité, c’est se donner les moyens de ne pas la subir. C’est transformer l’inquiétude en curiosité, le malaise en réflexion, la peur en engagement. Pour cela, il est indispensable de considérer les adolescents non comme de simples « cibles » de l’information, mais comme des citoyens en devenir, capables de réfléchir, d’analyser, et de se forger leur propre opinion.
En leur donnant les outils pour décoder ce qu’ils voient et entendent, on leur redonne du pouvoir. Et surtout, on leur montre que le monde n’est pas uniquement une succession de catastrophes, mais aussi un espace d’action et d’espoir.
Et si on changeait notre manière de transmettre l’actualité, pour qu’elle soit source de compréhension plutôt que d’angoisse ?